« Garonne nâest pas un obstacle : câest une exigence. » â Maxime
LâenquĂȘte publique sur la ligne nouvelle BordeauxâToulouse (GPSO) sâachĂšve bientĂŽt.
Voici ma contribution officielle, fondĂ©e sur lâanalyse du dossier de Participation du Public par Voie Ălectronique (PPVE1), sur les documents rĂ©glementaires du SAGE VallĂ©e de la Garonne â Ciron et du SDAGE Adour-Garonne 2022â2027, ainsi que sur les piĂšces techniques du maĂźtre dâouvrage.
Ce texte vise Ă Ă©clairer lâenjeu majeur : prĂ©server lâeau, le vivant et les territoires, au moment oĂč ce projet dâinfrastructure engage durablement notre bassin versant.
1ïžâŁ Un projet incompatible avec la gestion Ă©quilibrĂ©e de lâeau
Le GPSO traverse un territoire dâeau parmi les plus sensibles du bassin Adour-Garonne.
Lâanalyse croisĂ©e du PPVE1, des SAGE et du SDAGE rĂ©vĂšle des incompatibilitĂ©s majeures : non-prĂ©servation des zones humides, risques hydrogĂ©ologiques, dĂ©sĂ©quilibres sur les Ă©coulements et la continuitĂ© Ă©cologique.
2ïžâŁ Zones humides : un Ă©quilibre rompu
- 2012 : 2 300 ha identifiés dans une bande de 500 m autour du tracé.
- 2024 : ce chiffre monte à 4 300 ha de zones humides avérées ou probables.
- Le projet détruirait 429 ha, dont :
- 288 ha en Gironde
- 68 ha en Lot-et-Garonne
- 27 ha en Tarn-et-Garonne
- 35 ha dans les Landes
- 0,6 ha en Haute-Garonne
Ces milieux rĂ©gulent les crues, filtrent lâeau, accueillent une biodiversitĂ© exceptionnelle.
La sĂ©quence Ă©viterârĂ©duireâcompenser est insuffisamment appliquĂ©e : seulement 11 ha Ă©vitĂ©s.
La compensation Ă 150 %, obligatoire dans le SAGE, nâest pas garantie.
3ïžâŁ Eaux souterraines : des captages menacĂ©s
- 16 captages dâeau potable traversĂ©s
- Plus de 50 000 habitants concernés
- TraversĂ©e des pĂ©rimĂštres rapprochĂ©s/Ă©loignĂ©s des captages de Bellefond, Budos, Clarens, Lagagnan, GaillĂšresâŠ
Le projet passe Ă lâamont hydraulique de lâaqueduc de Budos, ouvrage stratĂ©gique qui alimente plus de 40 000 personnes via la source Fontbanne.
Les risques identifiĂ©s par lâĂ©tude dâimpact :
- baisse de niveaux piézométriques
- assĂšchement de sources
- contamination via travaux en déblai
4ïžâŁ DĂ©sherbage : une incompatibilitĂ© avec le SAGE
Le dossier prévoit le maintien de traitements phytosanitaires sur les emprises ferroviaires, y compris :
- dans les zones humides,
- dans les périmÚtres de protection de captage AEP.
SNCF RĂ©seau utilise encore prĂšs de 47 tonnes de substances actives par an (acide pĂ©largonique, herbicides sĂ©lectifsâŠ).
Cette pratique est incompatible avec :
- la rÚgle du SAGE imposant la protection des eaux infiltrées,
- les objectifs du SDAGE sur la non-dĂ©tĂ©rioration des masses dâeau souterraines.
5ïžâŁ Ruissellement : neutralitĂ© hydraulique non dĂ©montrĂ©e
Le projet :
- imperméabilise des surfaces importantes,
- concentre le ruissellement,
- modifie les écoulements entre bassins versants,
- augmente les dĂ©bits dans les cours dâeau rĂ©cepteurs.
Aucune modélisation hydraulique détaillée ne démontre la neutralité hydraulique, pourtant obligatoire dans le SAGE et le SDAGE.
6ïžâŁ ContinuitĂ© Ă©cologique en danger
Le tracé fragmente les vallées du :
- Ciron,
- Garonne,
- Douze,
- Midouze.
Ces corridors accueillent :
- la loutre dâEurope,
- le vison dâEurope,
- la lamproie fluviatile,
- la truite de merâŠ
108 stations dâespĂšces protĂ©gĂ©es sont impactĂ©es (dont Drosera et Lotier velu).
Les ouvrages de franchissement annoncés ne sont ni dimensionnés ni garantis.
7ïžâŁ Artificialisation et impacts cumulĂ©s
Le projet reprĂ©sente 4 744 ha dâemprise totale, dont :
- zones humides,
- espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF),
- ZNIEFF 1 et 2,
- forĂȘts alluviales, landes humides, tourbiĂšresâŠ
Ces atteintes sont contraires aux objectifs de restauration des milieux aquatiques fixés par le SDAGE.
8ïžâŁ Bilan carbone incomplet et incompatible avec les objectifs climatiques
Le dossier ne chiffre pas :
- les émissions réelles des chantiers,
- les pertes de puits de carbone (forĂȘts, zones humides),
- lâimpact du bĂ©ton, des terrassements, des transports de matĂ©riaux.
Le report modal annoncé ne compense pas ces émissions avant plusieurs décennies.
Le projet nâest pas alignĂ© avec la StratĂ©gie Nationale Bas-Carbone.
9ïžâŁ Risques sanitaires sous-Ă©valuĂ©s
Les risques pour les riverains sont :
- mal définis,
- insuffisamment mesurés,
- dépourvus de mesures opposables.
PoussiĂšres, bruit, polluants, vibrations :
la protection des populations nâest pas garantie.
đ Concertation insuffisante et inĂ©galitaire
La PPVE nâa pas permis une participation Ă©quitable :
- dossier volumineux et fragmenté,
- absence de version papier dans plusieurs communes,
- fracture numérique,
- manque dâexplications pĂ©dagogiques.
La procĂ©dure ne respecte ni lâesprit de la Convention dâAarhus, ni les standards dâune enquĂȘte publique classique.
đ§ Conclusion : choisir une autre voie ferroviaire
Au regard de lâensemble des Ă©lĂ©ments :
đ JâĂ©mets un avis trĂšs dĂ©favorable au projet de ligne nouvelle BordeauxâToulouse.
Une alternative existe, plus réaliste et plus durable :
- moderniser la ligne existante,
- lâĂ©lectrifier,
- améliorer les dessertes du quotidien,
- renforcer la sécurité,
- préserver les zones humides, les nappes et les milieux vivants.
Lâavenir du rail doit suivre le rythme de la Garonne :
sobre, utile et respectueux du vivant.
đą Contribuez vous aussi
đŹ Participez avant le 26 novembre 2025 :
đ https://www.registre-numerique.fr/ligne-nouvelle-bordeaux-toulouse-ppve1
« Lâeau ne sâoppose pas au progrĂšs : elle en trace les limites et rĂ©vĂšle notre capacitĂ© Ă construire sans altĂ©rer la vie. »