You are currently viewing 🌊 À la hauteur de Garonne

🌊 À la hauteur de Garonne

Estimation du temps de lecture : 3 minutes

🧭 Entre l’élan industriel et la fidĂ©litĂ© au fleuve, le dilemme devient boussole. MAxime

💧 J’ai pris le temps de lire avec attention l’avis du Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde, rendu public le 15 janvier 2026. Cet avis est dense, rigoureux et sans posture idĂ©ologique. Il s’appuie sur l’état des connaissances scientifiques disponibles et conclut Ă  l’impossibilitĂ© de rendre un avis favorable au projet EMME en l’état.

🌿 En tant que gardien de la Garonne, cet avis m’a placĂ© face Ă  un dilemme que je souhaite nommer clairement. Je considĂšre stratĂ©gique que des industries liĂ©es aux batteries et aux mĂ©taux critiques se dĂ©veloppent en France afin de respecter des normes environnementales et sociales exigeantes. Je suis Ă©galement utilisateur de batteries pour la mobilitĂ© et pleinement conscient des responsabilitĂ©s collectives que cela implique.

⚖ Ce dilemme n’oppose pas industrie et Ă©cologie. Il oppose un principe de transition industrielle Ă  un choix d’implantation profondĂ©ment inadaptĂ©. Le site de Grattequina, situĂ© dans le lit majeur de la Garonne, en zone inondable et au cƓur d’un corridor Ă©cologique estuarien majeur, concentre une accumulation de vulnĂ©rabilitĂ©s que le dossier ne parvient pas Ă  lever.

🌊 Le Conseil scientifique de l’estuaire met en Ă©vidence des incertitudes majeures concernant les risques de submersion et d’inondation. Il souligne que les scĂ©narios Ă©tudiĂ©s pourraient sous-estimer des situations extrĂȘmes pourtant plausibles dans un contexte de changement climatique, et interroge la capacitĂ© du site Ă  fonctionner ou Ă  ĂȘtre sĂ©curisĂ© en cas d’isolement lors d’une crue.

🚰 L’alimentation en eau de l’usine n’apparaĂźt pas sĂ©curisĂ©e Ă  ce stade. Le recours aux eaux pluviales, aux eaux issues de stations d’épuration, puis, en dernier ressort, Ă  un pompage dans la Garonne estuarienne soulĂšve des questions non rĂ©solues sur la disponibilitĂ© de la ressource, la qualitĂ© des eaux utilisĂ©es, les traitements nĂ©cessaires et les rejets associĂ©s.

đŸ§Ș Les rejets dans le milieu, qu’ils soient aquatiques ou atmosphĂ©riques, constituent un autre point d’alerte majeur. Le Conseil scientifique souligne que les mĂ©taux rejetĂ©s sous forme dissoute pourraient ĂȘtre directement biodisponibles, dans un estuaire dĂ©jĂ  classĂ© en Ă©tat Ă©cologique mĂ©diocre Ă  mauvais. Les comparaisons prĂ©sentĂ©es dans le dossier tendent Ă  minimiser les risques Ă©cotoxicologiques rĂ©els, en particulier Ă  proximitĂ© immĂ©diate du point de rejet.

🩩 Sur le plan de la biodiversitĂ©, l’avis rejoint les critiques dĂ©jĂ  formulĂ©es par le CNPN : destruction de zones humides, rupture de continuitĂ©s Ă©cologiques, atteintes potentielles Ă  des espĂšces Ă  enjeux majeurs comme le vison d’Europe, la loutre ou l’anguille europĂ©enne. La sĂ©quence Éviter, RĂ©duire, Compenser apparaĂźt insuffisante au regard des fonctionnalitĂ©s Ă©cologiques concernĂ©es.

📉 Les contributions citoyennes Ă  l’enquĂȘte publique sont trĂšs majoritairement dĂ©favorables. Ce signal ne prĂ©juge pas de la dĂ©cision finale, mais traduit une inquiĂ©tude profonde quant Ă  la compatibilitĂ© du projet avec le territoire estuarien. Dans ce contexte, le comitĂ© de suivi proposĂ© ne semble pas, en l’état, Ă  la hauteur des enjeux, ni par son pĂ©rimĂštre, ni par sa capacitĂ© Ă  garantir un suivi rĂ©ellement indĂ©pendant et pĂ©renne.

đŸ•Šïž Lors du Conseil de Bordeaux MĂ©tropole, j’ai compris et accompagnĂ© la stratĂ©gie consistant Ă  laisser une chance au projet. J’ai cherchĂ© Ă  alerter, Ă  convaincre et Ă  faire Ă©voluer le dossier. Mais aujourd’hui, au regard de l’avis scientifique et des lacunes persistantes, un seuil de responsabilitĂ© est franchi.

✍ J’ai donc fait le choix difficile de dĂ©poser un avis dĂ©favorable Ă  l’enquĂȘte publique. Ce choix n’est ni un renoncement Ă  l’industrie, ni un refus de la transition. Il exprime une ligne claire : tout ne peut pas se faire partout, et certains territoires, en particulier les estuaires, exigent une prudence et une exigence renforcĂ©es.

🌊 ProtĂ©ger la Garonne, ce n’est pas refuser l’avenir. C’est refuser de l’hypothĂ©quer.

Voici ma contribution Ă  l’enquĂȘte publique :