đ§ Entre lâĂ©lan industriel et la fidĂ©litĂ© au fleuve, le dilemme devient boussole. MAxime
đ§ Jâai pris le temps de lire avec attention lâavis du Conseil scientifique de lâestuaire de la Gironde, rendu public le 15 janvier 2026. Cet avis est dense, rigoureux et sans posture idĂ©ologique. Il sâappuie sur lâĂ©tat des connaissances scientifiques disponibles et conclut Ă lâimpossibilitĂ© de rendre un avis favorable au projet EMME en lâĂ©tat.
đż En tant que gardien de la Garonne, cet avis mâa placĂ© face Ă un dilemme que je souhaite nommer clairement. Je considĂšre stratĂ©gique que des industries liĂ©es aux batteries et aux mĂ©taux critiques se dĂ©veloppent en France afin de respecter des normes environnementales et sociales exigeantes. Je suis Ă©galement utilisateur de batteries pour la mobilitĂ© et pleinement conscient des responsabilitĂ©s collectives que cela implique.
âïž Ce dilemme nâoppose pas industrie et Ă©cologie. Il oppose un principe de transition industrielle Ă un choix dâimplantation profondĂ©ment inadaptĂ©. Le site de Grattequina, situĂ© dans le lit majeur de la Garonne, en zone inondable et au cĆur dâun corridor Ă©cologique estuarien majeur, concentre une accumulation de vulnĂ©rabilitĂ©s que le dossier ne parvient pas Ă lever.
đ Le Conseil scientifique de lâestuaire met en Ă©vidence des incertitudes majeures concernant les risques de submersion et dâinondation. Il souligne que les scĂ©narios Ă©tudiĂ©s pourraient sous-estimer des situations extrĂȘmes pourtant plausibles dans un contexte de changement climatique, et interroge la capacitĂ© du site Ă fonctionner ou Ă ĂȘtre sĂ©curisĂ© en cas dâisolement lors dâune crue.
đ° Lâalimentation en eau de lâusine nâapparaĂźt pas sĂ©curisĂ©e Ă ce stade. Le recours aux eaux pluviales, aux eaux issues de stations dâĂ©puration, puis, en dernier ressort, Ă un pompage dans la Garonne estuarienne soulĂšve des questions non rĂ©solues sur la disponibilitĂ© de la ressource, la qualitĂ© des eaux utilisĂ©es, les traitements nĂ©cessaires et les rejets associĂ©s.
đ§Ș Les rejets dans le milieu, quâils soient aquatiques ou atmosphĂ©riques, constituent un autre point dâalerte majeur. Le Conseil scientifique souligne que les mĂ©taux rejetĂ©s sous forme dissoute pourraient ĂȘtre directement biodisponibles, dans un estuaire dĂ©jĂ classĂ© en Ă©tat Ă©cologique mĂ©diocre Ă mauvais. Les comparaisons prĂ©sentĂ©es dans le dossier tendent Ă minimiser les risques Ă©cotoxicologiques rĂ©els, en particulier Ă proximitĂ© immĂ©diate du point de rejet.
𩩠Sur le plan de la biodiversitĂ©, lâavis rejoint les critiques dĂ©jĂ formulĂ©es par le CNPN : destruction de zones humides, rupture de continuitĂ©s Ă©cologiques, atteintes potentielles Ă des espĂšces Ă enjeux majeurs comme le vison dâEurope, la loutre ou lâanguille europĂ©enne. La sĂ©quence Ăviter, RĂ©duire, Compenser apparaĂźt insuffisante au regard des fonctionnalitĂ©s Ă©cologiques concernĂ©es.
đ Les contributions citoyennes Ă lâenquĂȘte publique sont trĂšs majoritairement dĂ©favorables. Ce signal ne prĂ©juge pas de la dĂ©cision finale, mais traduit une inquiĂ©tude profonde quant Ă la compatibilitĂ© du projet avec le territoire estuarien. Dans ce contexte, le comitĂ© de suivi proposĂ© ne semble pas, en lâĂ©tat, Ă la hauteur des enjeux, ni par son pĂ©rimĂštre, ni par sa capacitĂ© Ă garantir un suivi rĂ©ellement indĂ©pendant et pĂ©renne.
đïž Lors du Conseil de Bordeaux MĂ©tropole, jâai compris et accompagnĂ© la stratĂ©gie consistant Ă laisser une chance au projet. Jâai cherchĂ© Ă alerter, Ă convaincre et Ă faire Ă©voluer le dossier. Mais aujourdâhui, au regard de lâavis scientifique et des lacunes persistantes, un seuil de responsabilitĂ© est franchi.
âïž Jâai donc fait le choix difficile de dĂ©poser un avis dĂ©favorable Ă lâenquĂȘte publique. Ce choix nâest ni un renoncement Ă lâindustrie, ni un refus de la transition. Il exprime une ligne claire : tout ne peut pas se faire partout, et certains territoires, en particulier les estuaires, exigent une prudence et une exigence renforcĂ©es.
đ ProtĂ©ger la Garonne, ce nâest pas refuser lâavenir. Câest refuser de lâhypothĂ©quer.
Voici ma contribution Ă l’enquĂȘte publique :